Une méthode donnant un aperçu macroscopique qui peut cependant être considérée comme artificiel car elle ne prend ni en compte les
critères des juges ni la qualité des projets
est d'examiner la distribution des médailles par catégorie. Elle se fonde sur l'hypothèse que les catégories comportent une importance symbolique pour les deux parties, juges et équipes, introduisant un biais. En effet, le détail des projets révèlent à la fois une démarche suivant un protocole à peu près normalisé et des résultats concrets parfois similaires d'une catégorie à une autre. On constate que:
La catégorie où les équipes ont tous eu des médailles d'or ou d'argent est la catégorie "Software". Le résultat étonne! Il s'agit d'équipes développant des environnements informatiques pour l'analyse des circuits génétiques. Deux équipes sont en réalité associées à des équipes Wetware:
Calgary et
Berkeley, où les groupes se sont scindés en deux: l'un pour le "sec" , l'autre pour "l'humide". Les équipes humides et sèches ont eu les mêmes médailles. Il faut cependant considérer le faible nombre d'équipes de cette catégorie (3) et aussi que la majorité des équipes d'IGEM accompagnent leur réalisation d'analyses et de simulations informatiques. La distinction en deux équipes fait apparaître plus nettement cette distinction et contribue à renforcer leur intérêt mutuel. L'équipe du
Minesota apparaît singulière car elle ne posssède pas d'alter ego humide. Elle a mis en avant les aspects logiciels plutôt que la construction de bio-bricks mais a reçu le prix Best New BioBrick Part.
Les catégories où les équipes ont eu le plus grand nombre de médailles d'or sont les catégories Nutrition et énergie (Food & Energy) et Médecine & Santé (Health & Medecine). Le nombre de médailles d'or ne s'expliquent pas uniquement par le nombre important d'équipes inscrites dans ces catégories. En effet, plus de 60 % des médailles distribuées dans ces deux catégories correspondent à des médailles d'or ou d'argent (avec plus de 50% de médaillées d'or pour la catégorie N&E). 4 des finaliste font partie de ces deux catégories, (3 M&S, 1 N&E). L
'équipe de Slovénie, vainqueur de cette compétition et lauréate de sa catégorie, s'est inscrite dans la catégorie M&S ainsi que
Caltech (3 ème du classement). Ce résultat ne surprend pas dans la mesure où ces catégories correspondent à des thématiques essentielles. Les réalisations semblent avoir été plébiscitées par les juges car les deux tiers des médaillés d'or sont dans ces deux catégories. Ces résultats s'inscrivent en cohérence avec les projets scientifiques au niveau mondial.
Les catégories où les équipes n'ont eu aucune médaille d'or: Recherche fondamentale (Foundational Advance) et Environnement. Le résultat de la première catégorie est la plus étonnante. En effet, Il s'agit de la première catégorie en nombre d'équipes (16 contre 15 pour M&S) et y émargent des équipes comme Cambridge, EPF Lausanne, ETH Zürich ... La catégorie nouvelles applications rejoint ce club avec cependant une médaille d'or (Tokyo Tech). Est-ce l'absence de domaine propre (catégorie fourre-tout) qui expliquerait ce résultat, ou l'affirmation que la biologie synthétique est une science de l'ingénieur et donc non fondamentale? Dans le détail, on peut distinguer différents sous-thèmes des catégories Recherche Fondamentale et Nouvelles applications aidant peut-être à expliquer ce résultat : Communications inter-cellulaires (
Cambridge,
EPFL,
Washington), Composants "chassis" (
CPU_Nanjing,
ETH Zurich,
Peking), Composants d'un ordinateur bactérien (
Alberta,
Groningen,
Bologne,
Chiba), Horloges (
Melbourne,
Michigan), Industrialisation/simplification de protocoles (
John Hopkins,
Tianjin,
UCSF,
Ottawa,
Warsaw), Algorithmique bactérienne (
Davidson), Biobrick pour d'autres organismes (
Hawai), systèmes High-tech like (
LCG-UNAM-Mexico,
Tokyo Tech)... la liste n'est pas exhaustive.
La catégorie Environnement s'inscrit aussi dans cette classe avec aucune médaille d'or et 11 équipes participantes. Ce résultat demeure mystérieux car les projets avaient de l'intérêt. Y aurait-il un biais indiquant des tendances thématiques actuelles de la biologie synthétique?
La catégorie sure était Manufacturing. Toutes les équipes étaient médaillées et 40% des équipes ont eu des médailles d'or; deux étaient présentes dans les finalistes. La conception et la caractérisation de bio-bricks ou de systèmes à base de bio-bricks demeurent le socle de la biologie synthétique. La majorité des équipes toutes catégories confondues, s'applique à construire des systèmes à base de biobricks; cette catégorie n'est pas spécifique des tâches accomplies. Elle met toutefois le focus sur ces éléments pour l'évaluation. Elle obtient près d'1/3 des médailles (4), approximativement à égalité avec les catégories N&E et M&S. Toutefois, la balance des médailles d'or et d'argent n'atteint pas celle de la catégorie N&E.
Avec cette grille de lecture, les tendances actuelles se concentrent sur les thématiques: Santé, Energie et Nutrition. Elles confirment des attentes importantes dans des domaines d'applications répondant aux problèmes essentiels de la société civile, mais cependant classique de la biologie. Les réalisations doivent montrer leur utilité face à ces questions. Les questions sur des thèmes différents (catégories recherche fondamentale et nouvelles applications) apparaissent soit incomprises, soit secondaires. L'absence de médaille d'or dans le domaine Environnement totalisant aussi le plus grand nombre d'équipes sans médaille modère cependant cette conclusion et pose question.
L'emergence d'équipes "Software" confirme l'intérêt et le besoin grandissants d'environnements logiciels pour la conception, la caractérisation, l'analyse et la simulation; besoin qui s'inscrit directement dans l'esprit d'une science de l'ingénieur où dans d'autres domaines ces outils s'intègrent nécessairement à la phase de conception. Les équipes software doivent toutefois pour convaincre s'appuyer sur des réalisations "wetware".
A posteriori, l'équipe idéale aurait été inscrite dans la catégorie Nutrition & Énergie ou Médecine & Santé en collaboration avec une autre équipe développant la partie logicielle.